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Premiers Maitres d’Armes en Russie
L’un des premiers Maître d’Armes en Russie était un Français le Maître de Freuville . La France excellait alors dans le développement de l’art de l’escrime. En Russie Maître de Freuville commença a donner des leçons d’escrime privées et cela attira l’attention des courtisans et des personnes d’influence. En 1760 il fut invité pour enseigner l’escrime au grand comte Pavel Petrovitch  - futur empereur de Russie. Il écrivit à son intention un petit manuel. Plus tard le Maître de Freuville enseigna l’escrime dans le corps des cadets (Ecole militaire en Russie tsariste). Le plus doué des élèves  de Freuville était Balthasar Ficher, qui par la suite remplaça son Maître. En 1790, en Russie, parut le premier livre d’escrime de B.Ficher, qui était écrit en deux langues : les pages de gauche en français, les pages de droite en russe. Ce livre s’intitule « L’art de l’escrime dans tout l’espace » et était dédié à tsarévitch Pavel Petrovitch. Il était illustré de très belles gravures françaises. Cet ouvrage décrit  une méthode d’enseignement, tactique et technique des prises issues de l’école d’escrime française. Ficher travailla en Russie plus de 30 ans. Dans son école en 1778 il organisa des compétitions d’escrime ouvertes  tous. Il y avais une affiche qui indiquait : "Chaque premier dimanche du mois a lieu dans la salle d’armes de Ficher une compétition, la premiére sera le 19 août, où les amateurs vont faire une présentation de leur art. Tous ceux qui désirent être spectateurs sont invites  pour cela avec honneur".

 
 
En 1817 éditée à 200 exemplaires en deux langues aussi, russe et français, une œuvre d’Alexandre Valville «Raisonnement de l’art de savoir bien manier de l’épée». Valville, qui avait beaucoup voyagé, connaissait toutes les armes d’escrime et avait fait le cours des grandes écoles d’escrime : Anglaise, Française, Hongroise, Italienne, Allemande. Il mit 22 ans à écrire son manuel. « Mon livre est le fruit de travaux de longue durée », - comme l’écrit lui-même, l’auteur. Ce livre fut écrit à l’intention de l’empereur Alexandre I. Il était illustré de 24 gravures. On y décrivait d’une manière détaillée : la garde, les déplacements, la fente, beaucoup de reprises d’escrime différentes. Valville écrivait : "L’épée que nous employons actuellement, et que le Grand Friedrich  a donné à son armée, et que maintenant portent tous les officiers russes – est une arme blanche la plus effrayante après la baïonnette, parce qu’elle réunit la pointe de l’épée avec la lame triangulaire et le fil de sabre". Dans le dernier chapitre de son livre Valville fait un exposé le plan de la salle d’armes et donne des conseils pour mieux organiser le travail des Maîtres d’Armes. Il insiste sur l’entraînement quotidien et propose d’organiser à la fin de chaque année un tournoi entre les meilleurs élèves des régiments, en présence de l’empereur. "De cette façon on verra apparaître beaucoup de bons Maîtres d’Armes et dans quelques années toutes les divisions de cavalerie de l’armée vont avoir leur propre Maître d’Armes". Plus tard beaucoup de projets de Valville seront réalisés.

Valville arriva en Russie à la fin de XVIII siècle à l’âge de 30 ans. Il donnait les leçons d’escrime privées à Saint-Pétersbourg et s’occupait de mise en scène de bataille au théâtre Alexandryiski, lesquelles avaient un succès énorme. Grâce à sa réputation il fut désigné Maître d’Armes dans le Lycée Impérial à Tsarskoe Selo, ou il enseigna l’escrime de 1812 à 1824. Les cours pratiques avaient lieu deux fois par semaine. Dans ses mémoires M.Korph, qui faisait ses études avec le Grand poète russe Alexandre Pouchkine, écrivait que Valville était le professeur préféré de ses élèves, et Pouchkine était un de ses meilleurs élèves. En mars 1818 le département militaire crée un poste de général Maître d’Armes de la Garde qui est attribué à Valville avec un bon traitement de 3000 roubles par an. Un uniforme spécialement élaboré pour le Maître avec un col garni de cordon d’argent ; des épaulettes argentées représentant deux épées avec au-dessus l’image de l’aigle de la garde et les bottes avec éperons. L’accoutrement  était particulièrement soigne et "chic" pour l’époque. Début  1840 Valville quitte ses fonctions et rentre en France. 

Alexandre Pouchkine après ses études au Lycée, continua à faire de  l’escrime et prit les leçons chez un Maître français connu Augustin Grisier. Jeune, Grisier est venu en Russie en 1824 à l’âge 23 ans. Et fidèle à l’image des Français, il pratiquait l’art de l’escrime brillamment, il était un causeur intéressant et un conteur excellent.  En ayant les idées de liberté il se rapproche vite des intellectuels, jeunesse dorée, y compris décabristes*. Grisier connaît personnellement un décabriste Ivan Annenkov et sa femme Française Pauline Gaibelle. Plus tard Alexandre Dumas (fils) va profiter des récits de Grisier pour écrire son roman connu « Maître d’Armes ». Dumas dans son œuvre mentionne les noms des dékabristes certains Troubetskoï, Mourariev et un jeune héros Alexeï Vannikov nul autre que Ivan Annenkov. En 1840 ce roman est publié à Paris et à Bruxelles. Mais en Russie le régime impérial l’interdit et le roman n’est traduit en langue russe qu’en 1925.

Grisier enseigna l’escrime à l’Ecole supérieure d’ingénieur à Saint-Pétersbourg et donna des leçons privées, particulièrement aux aristocrates. Il popularisait l’escrime comme une discipline sportive en organisant à Saint-Pétersbourg des démonstrations de combats. En Russie il commença à écrire un livre de méthode d’enseignement de l’escrime, en s’appuyant sur son expérience pédagogique, mais le termina et le publia seulement après sa rentrée en France. Il enseigna aussi l’escrime dans l’Armée Russe, l’escrime devint très populaire. Maîtres d’armes nominés dans les écoles militaires et régiments, ont obtenu les décorations à l’égal des officiers de service militaires.
 
* décabriste = membres de la conspiration organisée à Saint-Pétersbourg contre Nicolas I le 26 décembre 1825. Elle avait pour dessein d’écarter l’empereur de trône, à cause de ses idées absolutistes, et de loi substituer son frère le grand duc Constantin qui avait in           en Russie un régime constitutionnel. Elle échoua.
 

Traduction en francais Katerina Pakueva

et Thierry Wavelet