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Victor Krovopouskov

Victor Krovopouskov: «L’escrime au sabre contemporaine ne me plaît pas»

Une étape de la Coupe du Monde «le Sabre de Moscou» s’est terminée mi-février dans la capitale de la Russie. Les sabreurs disputaient le titre du vainqueur pour la trente-troisième fois, les femmes sabreurs luttaient pour le titre de champion pour la cinqième fois. Victor Krovopouskovl’escrimeur le plus titré du XX-ième siècle – observait les combats. Il y a plus de 30 ans Victor a gagné une médaille d’or olympique, plusieurs fois il montait sur la marche supérieure du podium des championnats du monde. En tant qu’entraîneur il a travaillé en Russie, en Iran, en Chine, en Turquie et en Egypte. Il était arbitre des compétitions les plus grandes. Jusqu’à présent son coeur et son âme appartiennent au sabre – son arme d’escrime préférée.

Notre renseignement. Victor Alexéévitch Krovopouskov.

Né le 29 septembre 1948 à Moscou. Appartenait à l’équipe du CSKA (le Club Central de l’Armée Soviétique) (Moscou), militaire. Maître émérite du sport (1976). De 1973 jusqu’à 1986 faisait partie de l’équipe nationale de l’URSS. Champion des Jeux Olympiques de 1976 et de 1980 dans les compétitions individuelles et par équipe d’escrime au sabre. Champion du monde en 1974, 1975, 1979, 1983, 1985 dans les compétitions par équipe, champion du monde en 1978 et 1982 dans les compétitions individuelles. Médaille d’argent du championnat du monde en 1974 dans la compétition individuelle, en 1973 dans la compétition par équipe. Champion de l’URSS en 1976 dans les compétitions individuelles et par équipe. En 1979 la Fédération internationale d’escrime l’a reconnu comme le meilleur sabreur du monde. Décoré de l’Ordre de Lénine (1980). Habite à Moscou.

En profitant de l’occasion, notre correspondent Tatiana Kolchanova a demandé au maître d’armes éminent de mesurer l’évolution du sabre survenue pendant les dernièrs 30 ans.

- A votre avis, qu’est-ce qui a changé dans l’escrime au sabre pendant ces années?

- Tout a changé. Je faisais du sabre quand il n’y avait pas d’enregistreurs électriques des coups et l’arbitrage était subjectif. Parfois les arbitres ne voyaient les coups que tu avais portés que parce que derrière toi il y avait déjà des victoires aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. Ton prestige travaillait pour toi. Et au contraire, ceux, auxquels les arbitres ne voulaient pas adjuger la victoire pour des motifs différents, devaient faire des miracles sur la piste. Yakov Rylski – notre sabreur glorieux qui est devenu trois fois champion du monde dans les compétitions individuelles, pour que les arbitres remarquent ses coups pendant le combat avec Yeji Pavlovski – le sportif polonais connu – tranchait méthodiquement les boutons sur la veste de l’adversaire. Même l’arbitre avec une idée la plus préconçue ne pouvait pas ne pas le remarquer. Et combien de fois les règles ont changé pendant ces années? Rappelez-vous comme les attaques étaient belles et spectaculaires quand les “passe-avant” et une attaque «en flèche» étaient autorisées. Aujourd’hui c’est tout à fait un autre sport. Cela peut paraître drôle, mais plusieurs changements étaient apportés pour améliorer le soi-disant aspect spectaculaire et rendre l’escrime plus compréhensibe aux spectateurs. Finalement ce n’est que le spécialiste d’extra-classe qui peut remarquer un coup efficace dans les combats éclairs, et sur dix coups chaque arbitre en verra au moins cinq à sa propre manière. Cela se passe également parce que la Fédération internationale d’escrime (FIE)n’a pas choisi une bonne politique de sélection des arbitres. L’arbitrage des grandes compétitions en allant jusqu’aux Jeux Olympiques est confié aux arbitres des pays où l’escrime ne fait que ses premiers pas. Et nous savons parfaitementqu’on ne peut pas être né arbitre tout fait. Afin de s’adapter rapidement à la situation qui se crée sur la piste il faut être soi-même escrimeur ou entraîneur. A la suite de cette politique les sportifs refusent les attaques et les défenses compliquées sans parler des phrases d’escrime à plusieurs pas qui passionnaient auparavant même les spectateurs qui n’étaient pas avertis. On venait voir le «Sabre de Moscou» pour avoir le plaisir d’observer les vedettes de l’escrime au sabre. Les combats du sabreur soviétique Victor Sidiak et de l’italien Aldo Montano pouvaient être tournés comme un film artistique. Autant il y avait de l’expression, de la puissance et de l’esprit artistique!

L’escrime de sabre, qu’est-ce qu’elle a perdu et qu’est-ce qu’elle a gagné pendant ces années?

- Je vais exprimer mon opinion personnelle. Il me semble qu’il y a une dizaine d’années les combats de sabre étaient plus intéressants. Parce qu’ils comprenaient un plus grand nombre de prises spéciales. Aujourd’hui je ne vois pas de prises spéciales. Pratiquement aujourd’hui aucun sabreur dans le monde n’exécute le contre-temps, l’interception d’un coup , il y a peu d’attaques avec une action sur l’arme, même les contre-attaques avec une rupture de la distance sont rares aujourd’hui. Oui, les combattants sont devenus plus robustes, plus grands, plus athlétiques et plus rapides. Ils sont pas mal entraînés mais ils ont tout simplement peur de faire des prises spéciales. Parce que le vainqueur ce n’est pas celui qui était plus malin que son adversaire mais celui dont le coup était un tantième de la seconde plus rapide.

- Les changements dans l’escrime de sabre, ont-ils joués sur le rapport des force dans le monde?

- En mon temps et même de 10 à 15 ans après que j’ai remis le sabre au fourreau, pendant toutes les compétitions internationales on pouvait toujours distinguer les adversaires en fonction de l’appartenance à une école nationale d’escrime. Les écoles soviétique, italienne, hongroise, polonaise ou roumaine avaient leurs particularités. Je ne vais pas mentionner l’école française, les français à l’époque étaient des combattants moyens. Aujourd’hui ce n’est pas le cas. Les différences sont minimes, en plus ce n’est pas une école qu’elles caractérisent, mais plutôt les particularités individuelles d’un sportif concrèt. Pratiquement tousfont la même chose. Sur la piste d’escrime 70% du succès va à celui qui portera son coup plus rapidement. Cela aboutit à la perte de l’aspect spectaculaire qui devient plus important chaque fois quand il y a des attaques, des défenses et des contre-défenses à plusieurs pas. Le niveau moyen des sabreurs est très élevé aujourd’hui dans le monde, mais il n’y a presque pas de vraies étoiles.

- S’ils sont tous pareils, qui est-ce qui gagne aujourd’hui?

-Celui qui à ce moment-là se trouve dans la meilleure forme sportive, qui se sent mieux sur la piste et fait un peu plus de prises spéciales que son adversaire. C’est dommage que les entraîneurs soient en train d’exploiter les données purement physiques des combattants – la taille, la vitesse, l’endurance. Ce n’est pas par hasard que l'escrime était toujours appeléeles échecs rapides. Tout ce qui se passait sur la piste était calculé dans l’esprit de l’escrimeurquelques pas d’avance. Voilà pourquoi les sportifs qui gagnaient étaient différents – de haute et de petite taille, ceux qui sont rapides et ceux qui sont lents, les minces et les gros. Ceux qui ont maîtrisé la tactique et la stratégie du combat avaient un avantage. S’il faut être honnête avec soi-même, l’escrime au sabre moderne ne me plaît pas.

- Il y a seulement quelques années nos éminents sabreurs ricanaient ouvertement en observant les combats de jeunes filles au sabre et disaient que ce n’est pas le sabre mais un autre type d’arme.

-Et moi, c’est avec plaisir que j’observe l’escrime au sabre des femmes. Et c’est grâce au fait que dans l’escrime féminine les vitesses sont naturellement plus faibles que dans les combats de jeunes filles il existe toujours ce qui avait quitté irrévocablement l’escrime au sabre masculine. Elles exécutent les prises spéciales! Les attaques, les contre-attaques, les défenses, et si on ajoute qu’elles expriment plus d’émotions que les hommes, il devient claire pourquoi ce nouveau type d’escrime plaît aux supporteurs. Je crois que c’est bien les combats de sabre des femmes aux Jeux Olympiques à Pékin qui rassembleront le plus de spectateurs.

-D’une part, les règles contemporaines de l’escrime au sabre ont diminué l’aspect spectaculaire dans les combats, mais, d’autre part, convenez qu’elles ont permis aux sportifs des pays où l’escrime n’était pas très répandue de s’approcher au niveau de la maîtrise aux leaders. Cela concerne, en particulier, les sportifs de la Chine.

- J’ai travaillé en Chine en tant qu’entraîneur. Je peut dire que n’importe quel sportif chinois qui vient aux compétitions internationales a un bon niveau moyen. Il sont tous de bons sportifs. Ils s’entraînent beaucoup, participent à plusieurs compétitions internationales, leurs entraîneurs étudient les adversaire d’une manière minutieuse et transmettent ces connaissances à leurs élèves. Grâce à cela c’est de plus en plus souvent qu’ils arrivent jusqu’aux finales des grandes compétitions. Et dans l’escrime comme d’ailleurs dans le patinage artistique, il faut qu’on te remarque. Et dans le cas des escrimeurs chinois une grande importance est encore le fait qu’avant d’être choisi pour l’équipe nationale ils passent dans leur pays par une sélection sévère. Moi, par exemple, j’ai travaillé en région où habitaient 250 millions d’hommes. Imaginez-vous à quel point un sportif devient motivé après avoir passé un creuset pareil. Voilà pourquoi ces sportifs représenteront bientôt un danger pour tous les adversaires.

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